23 mars 2009
Le bouclier fiscal est un aspirateur d’argent public
SOURCE: blog
Transcription d'un extrait du journal de France Culture du mercredi
18/03/2009 à 12h30, accessible en ligne sur le site de Radio France.
(Positionnez l’écoute à 17’12’’).
Le bouclier fiscal est un aspirateur d’argent public
Samedi, 21 Mars 2009
Nadine EPSTEIN : «Faut-il suspendre le bouclier fiscal ? Cette question risque de dominer le débat sur le collectif budgétaire qui se tiendra tout à l’heure et demain à l’Assemblée Nationale. L’opposition, et une partie de la majorité, demandent au gouvernement un geste de solidarité des Français les plus riches en cette période de crise. Hier, Nicolas Sarkozy a coupé court au débat, déclarant qu’il n’avait pas été élu pour augmenter les impôts. Mais ce matin, quelques nouveaux chiffres risquent d’apporter de l’eau au moulin de ceux qui se prononcent pour taxer davantage les plus hauts revenus».
Hubert HUERTAS : «Premier constat de cette note de Bercy que vous pourrez trouver sur le site de Médiapart : le bouclier coûte deux fois plus cher en 2008 qu’en 2007. Il est passé de 230 à 450 millions d’euros. Deuxième constat : il concerne 14.000 foyers. Parmi ces contribuables, 8.338 sont des personnes pouvant disposer de gros patrimoines mais de petits revenus. Et c’est là que commencent les surprises. Car ces personnes pas très riches se partagent seulement 1 % du bouclier, soit grosso modo 600 euros chacune.
Parmi les autres, plus on est riche, plus on touche. Ainsi 834 bénéficiaires déclarent un patrimoine de 15 millions et demi d’euros chacun, ça fait 100 millions de francs. Ces 834 ont empoché un chèque moyen équivalent à plus de 30 années de SMIC. Et parmi ces 834 qui habitent souvent dans les Hauts-de-Seine (1), 36 ménages, grâce au jeu des niches fiscales, ont déclaré moins que le SMIC, donc n’ont pas payé un euro d’impôt sur le revenu. Le bouclier, dans sa définition, était destiné à éviter qu’un Français ne verse à l’État plus de la moitié de ce qu’il avait gagné dans l’année. Pour ces 36 très riches qui ne paient rien à la collectivité mais qui touchent quand même un chèque moyen de 286.231 euros, le bouclier a donc changé de nature. Ce n’est plus une protection, c’est un aspirateur d’argent public !»
26 février 2009
"Des quotas d'expulsion pour accréditer l'efficacité de Sarkozy"
SOURCE: http://immigration.blogs.liberation.fr
"Des quotas d'expulsion pour accréditer l'efficacité de Sarkozy"
C'est un ouvrage qui fera date. Un beau livre de 450 pages très documenté sur la politique d'immigration de Nicolas Sarkozy. Intitulé cette France-là, il a été rédigé et édité à compte d'auteurs par un groupe Affichefrancelaa1stlr8f92e_3 d'universitaires, militants associatifs, journalistes constitués en une association baptisée, elle aussi, Cette France-là. En 2007, cette association s'était fait connaître par une campagne d'affichage. Une galerie de portraits d'étrangers expulsés de France (voir la photo ci-contre). Demain, jeudi 26 février, cet ouvrage sera distribué gratuitement, par porteur spécial, à tous les parlementaires, ministres, préfets, membres du Conseil constitutionnel, du Conseil d’Etat, de la Cour de cassation, de la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (Halde), etc. Il sera disponible en librairie le 6 mars. Michel Feher, philosophe et président de Cette France-là en résume les principaux points.
Nicolas Sarkozy se vante d'avoir été le premier chef d'Etat à doter la France d'une véritable politique d'immigration, qu'en pensez-vous?
Disons plutôt qu’il est le premier à utiliser l'immigration comme faire-valoir du volontarisme en politique. Nicolas Sarkozy part du constat que les gens ne croient plus en la politique parce que les politiciens ne cessent de se réfugier derrière la complexité du monde pour justifier leur impuissance. Aussi se donne-t-il pour objectif de réhabiliter l’action publique en montrant que «quand on veut, on peut». Mais quand la réalité résiste à sa volonté, que faire ? Le Président recourt à deux techniques. La première, c’est de multiplier les interventions en changeant sans cesse de sujet. Il s’agit d’étourdir les observateurs mais, à la longue, le risque est d’apparaître comme un Louis de Funès ou un Christian Clavier de la politique. Pour éviter un tel sort, la seconde technique consiste à se réserver un domaine d’élection, où la volonté présidentielle peut effectivement s’exercer. Telle est bien la fonction de la lutte contre l’immigration dite subie : montrer que le volontarisme présidentiel n’est pas un vain mot. Parce qu’expulser, c’est techniquement possible, il suffit de se donner des objectifs d'expulsions chiffrés, et d’appeler efficacité le fait de les tenir. Le Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l'Europe, Thomas Hammarberg, l'a bien compris : pour lui, la seule raison d’être de ces quotas, c’est « la capacité de l’administration à les atteindre. » D’une manière générale, la « culture du résultat » dont se réclame Nicolas Sarkozy se soucie moins des résultats obtenus que de leur aptitude à accréditer l’efficacité de la volonté du chef. À l’image de la gouvernance d’entreprise qui l’inspire, le régime actuel fonctionne avant tout au « crédit » : selon cette approche, l’entreprise mise moins sur la pertinence de son projet économique que sur le prestige qui s’attache à des rendements censés manifester son efficacité. La politique du chiffre dans le domaine de l’immigration n'est donc pas un à-côté de la politique générale de Nicolas Sarkozy, mais à la fois son révélateur et sa clé de voûte.
N'est-ce pas une forme de populisme?
Cette politique se fait sur le dos d’une minorité fragile. Et cela évoque effectivement des précédents inquiétants. Toutefois, dans les années 30, le populisme s'en prenait aux étrangers en les accusant de corrompre une identité française immuable. Il s'agissait de protéger la Nation contre la menace cosmopolite. Là, le discours est pratiquement inversé. On nous dit que pour maintenir une société ouverte, démocratique, accueillante à la diversité, il faut filtrer les frontières et éloigner les indésirables, car les candidats au séjour appartiennent souvent à des cultures rétrogrades et antidémocratiques. Ce n'est pas un hasard si Nicolas Sarkozy accorde autant d'importance dans ses discours à l'égalité des sexes. N’est-ce pas ainsi qu’il définit l’identité nationale ? En clair, c’est justifier le contrôle obsessionnel des frontières au nom de nos valeurs les plus progressistes. Cette articulation entre ouverture et fermeture est inédite dans le discours politique.
Pourquoi l'opposition ne démonte-t-elle pas cette rhétorique?
La doxa dit que cette politique est populaire. Or, la gauche modérée souffre d'avoir perdu les classes populaires, et comme celles-ci sont supposées ne pas aimer les étrangers, les socialistes ne vont pas prendre de risques. Mais outre sa pusillanimité, la gauche commet un contresens politique en déclarant : « on fera la même chose que la droite, mais avec plus d’humanité ». Autrement dit, la droite est raisonnable mais manque de cœur – alors que c’est la rationalité de la politique actuelle qui pose problème. Pour sa part, la gauche radicale s’efforce courageusement de conjurer l’éventuelle xénophobie des classes populaires en les invitant à la solidarité avec les étrangers au nom d’une commune précarité. Mais selon elle, la principale préoccupation de Nicolas Sarkozy en matière d’immigration serait de fournir aux patrons une main d’œuvre corvéable à merci. Il nous semble que c’est une erreur d’analyse: comment expliquer en effet que la majorité des étrangers expulsés correspondent à ce signalement? Ne voit-on pas se former des associations de petits patrons mécontents qu'on les prive de leurs salariés ? Bref, gauche modérée et gauche radicale se retrouvent pour gratifier la politique d’immigration d’une rationalité économique – pragmatisme trop froid ou utilitarisme cynique. Or il n’en est rien : le traitement de l’immigration s’inscrit dans une recherche politique du crédit et non dans la poursuite économique du profit. Le néolibéralisme n’est pas le libéralisme.
Distinguer immigration «subie» et immigration «choisie» a-t-il selon vous un sens ??
C’est effectivement le trait distinctif de la rhétorique présidentielle. Mais encore une fois, il s’agit d’une rationalité politique qui ne doit rien au pragmatisme économique. Le problème qui se pose à la droite française est le suivant : comment fidéliser l’ancien électorat du Front national sans priver les employeurs de la main-d’œuvre dont ils ont besoin ? La solution de Nicolas Sarkozy consiste à dire qu’il y a deux catégories d’immigrés : « subis », dont l’immigration familiale serait la source et que l’on peut renvoyer chez eux, et « choisis », qu’il est bon d’accueillir en fonction de la relance sélective de l’immigration de travail. Seulement cette division n’a aucun sens : car les travailleurs « choisis » ont ou auront une famille, tandis que les étrangers « subis » de l’immigration familiale travaillent ou travailleront.
Les étrangers font-ils concurrence aux nationaux sur le marché du travail ?
Quand la main d'œuvre étrangère se substitue à la main d'œuvre nationale, cela peut effectivement faire baisser les salaires. En revanche, quand il y a complémentarité entre ces deux types de main d'œuvre, ce qui est largement le cas dans un marché du travail segmenté, les salaires des Français ne baissent pas, au contraire. Tous les économistes sérieux s’accordent sur ce point.
La politique d'immigration de Sarkozy a-t-elle des effets pervers?
En termes d’intégration, on ne peut que le constater. Nicolas Sarkozy dit qu'il ne faut pas pénaliser les étrangers qui ont fait l’effort d’être en règle. Pour mieux intégrer les uns, il faudrait expulser les autres et, à cette fin, les interpeller. Mais sur quels critères? En ciblant ceux qui ont l'air étranger. Le climat de suspicion que crée une telle pratique ne peut qu’avoir un impact négatif sur ceux que l'on cherche à intégrer (sans parler des « minorités visibles », pourtant bien françaises) et tend en outre à dissuader les immigrés « choisis » de venir en France. En revanche, la multiplication des interpellations sert la culture du résultat en vigueur au sein de la police. Celle-ci est en effet jugée efficace lorsqu’elle affiche un bon « chiffre » de délits constatés et élucidés. Or, à la différence d’un vol ou d’un assassinat, des délits tels que les infractions au droit du séjour présentent l’avantage d’être simultanément constatés et élucidés…
Pourquoi n'entend-on aucun contre-discours sur l'immigration dans la société?
La seule opposition réelle vient des associations mais, malgré leurs mobilisations, elles ne représentent pas un lobby très puissant. Dans d’autres domaines, comme la santé ou l’éducation, les ministres sont confrontés à la compétence de syndicats puissants. Ils sont donc obligés d’avoir en retour un minimum de connaissances dans leur domaine de responsabilités. A contrario, on ne peut qu’être frappé par la grande ignorance des politiques sur les questions d'immigration. C’est une raison d’être de notre travail: par un discours argumenté, mettre en cause la rationalité de la politique menée – et pas seulement nous indigner de ses conséquences.
Avec la crise, certains gouvernements étrangers, britannique notamment, on imaginé de nouveaux dispositifs pour renvoyer les étrangers chez eux, on ne voit rien poindre de la sorte en France, pourquoi?
Nicolas Sarkozy est encore dans une phase où il pense pouvoir agir sur la crise elle-même. Mais s'il s’en révèle incapable, on peut craindre qu’il réinvestisse le domaine où sa volonté rencontre moins de frustrations.
Réagissez à cet article
Cette interview a été publiée en version courte dans Libération papier daté d'aujourd'hui 25 février, accompagnée d'autres articles.
24 février 2009
Pantouflage de Pérol: le gros mensonge de Sarkozy
SOURCE: LIBERATION.FR
Pantouflage de Pérol: le gros mensonge de Sarkozy
Contrairement à ce qu'affirme Nicolas Sarkozy, la commission de déontologie ne s'est pas prononcée sur la nomination du conseiller de l'Elysée à la tête du futur groupe Banque populaire - Caisse d'épargne.
Grégoire Biseau
Nicolas Sarkozy a manifestement quelques soucis avec la déontologie. Depuis Rome, lors du sommet franco-italien, le président de la République a déclaré devant la presse que la future nomination du secrétaire général adjoint de l’Elysée, François Pérol, à la tête du groupe Caisse d’épargne/ Banque Populaire ne posait pas de «problème» aux yeux de la commission de déontologie.
Cette dernière est censée se prononcer en cas de pantouflage, c’est-à-dire de départ d’un fonctionnaire vers le privé pour vérifier qu’il n’existe pas de conflits d’intérêts potentiels. D’après Sarkozy, cette commission de déontologie «a donné son point de vue, et son point de vue a été communiqué aux deux banques. Il sera rendu public et vous verrez qu’une fois de plus c’est la différence entre une polémique et un problème, de problème il n’y en a pas».
Il semble que le président de la République prenne ses rêves pour la réalité. Car ladite Commission n’a pas été saisie du cas Pérol. Et ne s’est pas réunie pour en discuter. «On n’a jamais évoqué le cas de François Pérol, assure un membre de la commission, puisque notre prochaine réunion est prévue pour le 11 mars».
A l’Elysée, un porte-parole tente de rattraper le coup en expliquant que «la commission ne s’est pas encore réunie, mais elle a émis un avis "off", positif, qu’elle a communiqué aux banques. C’est ce qui se passe dans les cas d’urgence».
En réalité, il semble bien que cette procédure d’urgence soit totalement inconnue: «Cela fait des années que je siège à cette commission, et à ma connaissance une telle procédure n’a jamais été convoquée». Interrogé par Libération, le président de la commission de déontologie Olivier Fouquet n’a pas souhaité répondre à nos messages. Quant aux banques, elles refusent de dire si elles ont ou non reçu le fameux avis off, de la commission. Mais puisqu’on vous dit qu’il n’y a pas de problème…
08 février 2009
Jusqu'ici tout va bien
Relevé par Pierre Marcel de Libération:
Dans un dossier intitulé «Libertés publiques : état des lieux», publié dans son édition datée du 5 février, le Monde notait que «577 816 personnes résidantes en France et âgées de plus de 13 ans» se sont entendues notifier leur garde à vue durant la seule année 2008. Soit, précise le confrère, environ 1 % de la population.
04 février 2009
Crise du savoir et haine de la jeunesse : l’inquiétante démographie française
SOURCE: INDISCIPLINE.FR
Crise du savoir et haine de la jeunesse : l’inquiétante démographie française
mardi, 3 février 2009 / Igor Babou
Un même mouvement de réformes réactionnaires frappe l’ensemble des champs du savoir, de leur production à leur transmission, de l’Ecole à l’université. Ces réformes s’installent avec autoritarisme et convergent dans la direction d’une bureaucratisation des métiers du savoir, et de leur assujettissement aux pouvoirs économiques et politiques.
Ce mouvement régressif, du point de vue des plus élémentaires libertés démocratiques et d’une conception humaniste du savoir, s’installe dans la brutalité. Il nécessite une analyse globale. Il ne s’agit en effet pas seulement de réformes réactionnaires, mais sans doute d’un changement sociologique important qu’on ne comprendrait qu’imparfaitement si on n’y voyait que la trace des idéologies étroites de l’actuel gouvernement : il y a sans doute plus en jeu.
L’une des clés de lecture - non exclusive et certainement insuffisante - peut être trouvée dans le changement de la démographie française. Je me contenterai ici de signaler cette piste. Je ne vais pas faire dans la subtilité universitaire : il n’y a rien de très subtil à analyser, et nous sommes confrontés à une telle brutalité et à des enjeux suffisamment vitaux pour qu’on laisse la rhétorique molle de l’universitaire au placard, du moins pour cette fois.
En 1946, la part des 18-24 ans et celle des 65 ans et plus dans la population étaient à peu près équivalentes (respectivement 12,9 % et 12,5 %). En 2007, la part des seniors est presque deux fois plus importante que celle des jeunes (respectivement 18 % et 9,8 %). En chiffres absolus, les 65 ans et plus ont dépassé les 10 millions. [1]
Le retour aux "fondamentaux" autoritaristes de l’avant 68 s’explique finalement assez bien quand on fait un lien entre le vieillissement de la population française et la droitisation de son opinion publique : Sarkozy n’a pas été élu par la jeunesse et ne représente aucunement - les statistiques et diverses études le prouvent - un élan de la jeunesse vers un avenir radieux. Non, comme certains démographes et politologues l’ont plus ou moins montré, le vieillissement de la population française (et plus généralement celui de la population des régions industrialisées de l’hémisphère nord : Europe, Canada, USA) porte le plus souvent des valeurs réactionnaires, xénophobes, et également hostiles au savoir. D’autres études sont disponibles, qui montrent de plus une certaine détestation des jeunes. De toute manière, qui ne sent pas, dans son environnement de travail ou de loisirs, cette haine montante pour la jeunesse portée par la France Sarkozyste ? Qui ne sent pas cette haine du savoir qui gagne tous les milieux sociaux ?
Pour se convaincre du lien entre vieillissement de la population, faible capital culturel et autoritarisme (et pas seulement percevoir cela intuitivement, mais pour pouvoir l’argumenter un tant soi peu rationnellement, ce qui est autre chose...), et même s’il faudrait approfondir et étayer ce type d’analyse, chacun peut lire l’article de Mariette Sineau (directrice de recherche au CNRS/CEVIPOF) dans la Revue française de science politique (Vol 57, n° 3-4, juin-août 2007, p. 353-369). L’article s’intitule "Effets de genre, effets de génération ? Le vote hommes/femmes à l’élection présidentielle 2007".
Les quelques extraits de cet article, que je cite plus bas pour faciliter la lecture de ce texte, plus quelques données grappillées ici ou là dans diverses études (voir par exemple le site de l’INSEE), plus ce qu’un certain nombre d’entre nous sentent confusément (ou clairement…), nous dressent un portrait glaçant de la France de 2008 : une France égoïste et détestant sa jeunesse, une France refusant de transmettre son héritage à ceux qui, d’une manière ou d’une autre, seront son avenir. Une France du passé, réactionnaire, et surtout fort peu dotée culturellement et sous diplômée. C’est cette France qui n’a réussi ni à l’école, ni dans son appréhension de la culture, qui donne aujourd’hui la direction à suivre aux institutions du savoir et de la culture, avec les dégâts que l’on sait. Cette France, c’est celle qui pense que l’homosexualité et le suicide sont "génétiques" : une France inculte, bête à bouffer du foin, vulgaire, un condensé de barbarie en devenir. Qui ne sent pas confusément le lien qui existe entre l’ambiance de la France de 2008 et l’ambiance de la France des années 38 à 40 ?
Bref : la France de 2008 se construit une Ecole d’avant guerre en tablant sur un modèle éducatif du passé porté par une idéologie régressive, paternaliste et autoritaire. Une France qui n’aime pas le savoir, et qui est maintenant prête à retomber dans la barbarie...
La désobéissance civile sera le seul moyen de sortir par le haut de l’impasse dans laquelle nos anciens nous ont fourvoyés. Ce n’est pas à gauche que nous trouverons le moindre soutien : la gauche française est morte, entièrement livrée au marketing politique, au cynisme et au relativisme. Mais c’est dans les refus quotidiens que chacun peut faire que l’on pourra inverser ce mouvement délétère et rebâtir en commun des principes et une éthique humaniste, hors des partis politiques.
Appelons aussi nos anciens, du moins ceux qui ont voté Sarkozy, à prendre leurs responsabilités, et à ne pas oublier qu’ils disparaîtront un jour et qu’il y a une jeunesse dans ce pays qui doit avoir un avenir : vieillir plus longtemps et dans de meilleures conditions n’est pas une raison suffisante pour sacrifier l’avenir d’une nation au profit d’un hédonisme égocentrique. Rappelons-leur, par exemple, que ce que l’UMP détruit aujourd’hui c’est ce qui leur a permis, en général, de vivre mieux et plus longtemps que leurs propres parents : le service public.
Et espérons qu’il ne soit déjà trop tard pour lutter contre le retour de la bête…
Remarque : bien entendu, mes propos ne signifient absolument pas que tout individu de plus de 65 ans serait raciste et illettré. Il ne s’agit ici (en tout cas dans l’article cité qui va suivre, que de signification STATISTIQUE).
Voici les extraits promis :
Citation (de Mariette Sineau) : En 1946, la part des 18-24 ans et celle des 65 ans et plus dans la population étaient à peu près équivalentes (respectivement 12,9 % et 12,5 %). En 2007, la part des seniors est presque deux fois plus importante que celle des jeunes (respectivement 18 % et 9,8 %). En chiffres absolus, les 65 ans et plus ont dépassé les 10 millions.
Citation (de Mariette Sineau) : En tant que favori des femmes âgées, le candidat de l’UMP dispose d’une base électorale au profil très typé, qui présente des caractères antinomiques avec celle de Ségolène Royal. Il est ainsi le leader préféré des femmes mariées (37 %) et plus encore des veuves (40 %), arrivant loin devant les trois autres candidats. Il trouve aussi un meilleur écho parmi les électrices pauvres en dot scolaire, conséquence logique de ce que, chez les seniors, les femmes sont déficitaires en diplôme. Nicolas Sarkozy concentre ainsi sur son nom plus du tiers des voix des femmes qui n’ont, au mieux, pour titre scolaire que le seul certificat d’études primaires (+ 11 points par rapport aux hommes), contre seulement 24 % pour Ségolène Royal, 15 % pour François Bayrou et 10 % chez Jean-Marie Le Pen. La prise en compte de l’articulation entre le genre et la profession de la personne interrogée, l’appréhension de son statut ou encore de sa vulnérabilité face au chômage permettent de pointer d’autres « différends » électoraux (tableau 3). Quand on décrit la base sociologique du candidat de l’UMP, il vaut d’abord de souligner que Nicolas Sarkozy est le candidat « naturel » des femmes inactives, qu’elles soient femmes au foyer ou retraitées. Ainsi, 38 % des premières ont l’intention de voter pour lui comme 39 % des secondes (+ 5 points par rapport aux hommes), alors que Ségolène Royal ne polarise que 28 % d’audience auprès des femmes au foyer et 23 % auprès des retraitées.
Citation (de Mariette Sineau) : Si on s’attache, maintenant, à dresser le portrait idéologique et culturel des électorats (tableau 5), on observe que le genre est porteur de divergences significatives, en lien plus ou moins direct avec les clivages sociologiques et politiques précédemment énoncés. Ainsi, Nicolas Sarkozy, parce qu’il est soutenu par les femmes âgées et même très âgées, attire tout naturellement les générations socialisées par les normes catholiques les plus strictes : plus de la moitié des pratiquantes lui accordent leur suffrage (+ 10 points par rapport aux hommes). D’ailleurs, 39 % des catholiques non pratiquantes le soutiennent aussi, contre 17 % seulement des électrices se déclarant sans religion (qui, elles, rallient Ségolène Royal à près d’un tiers). Parallèlement, le candidat de l’UMP exerce sa force d’attraction chez les femmes dont les valeurs les rattachent à un univers de droite, voire d’extrême droite, tant en matière de féminisme que de libéralisme culturel et économique, d’autoritarisme et d’ouverture aux autres. Ainsi, le porte-drapeau de l’UMP rassemble les voix de 45 % des électrices qui désapprouvent l’idée que « les choses iraient mieux en France si les femmes étaient plus nombreuses au Parlement » (+ 11 points par rapport aux hommes), comme 39 % de celles qui sont en désaccord avec l’idée que « les couples homosexuels devraient avoir le droit d’adopter des enfants » (+ 7 points). Expriment aussi un net penchant pour Nicolas Sarkozy (39 %) toutes celles qui, ayant une vision passéiste du rôle des femmes, les enferment dans leur rôle de procréatrices (39 %). De même, ce candidat fait une très bonne audience, de l’ordre de 40 % ou davantage, chez celles qui, libérales au plan économique, pensent que « les chômeurs pourraient trouver du travail s’ils le voulaient vraiment », ou adhèrent à l’idée qu’il faut donner « la priorité à la compétitivité de l’économie française sur l’amélioration de la situation des salariés ». Enfin, Nicolas Sarkozy fait aussi ses meilleurs scores chez les électrices marquées du sceau de l’autoritarisme, qui souhaiteraient le rétablissement de la peine de mort (39 % de vote en sa faveur), chez celles que taraude la préoccupation de l’immigration (40 %), l’augmentation de la délinquance (34 %), ou encore chez celles, empruntes de frilosité, qui voudraient que « la France se protège davantage du monde d’aujourd’hui » (36 %).
Citation (de Mariette Sineau) : En terme d’adhésion à l’univers des valeurs, on notera une inversion constante selon le genre au sein des deux électorats lepeniste et sarkozien : dans celui de Jean-Marie Le Pen, ce sont les hommes qui se donnent à voir comme les plus droitiers sur toutes les dimensions évoquées, alors que dans l’électorat de Nicolas Sarkozy, ce sont les femmes qui adhèrent le plus volontiers aux valeurs de la droite la plus conservatrice, sinon la plus traditionaliste. Ce résultat renvoie là encore à la structure par âge et par genre des deux clientèles électorales : alors que le candidat de l’extrême droite est délaissé par les « anciennes », le candidat de l’UMP fait florès chez elles. Si on analyse le succès de Nicolas Sarkozy comme la victoire du candidat qui s’est réclamé « sans complexe » des valeurs de droite, alors on peut dire que sa stratégie a touché les femmes au cœur. Dans le même temps, il a su aussi incarner, auprès d’elles, le retour du politique et de la confiance dans cette élection reine de la Cinquième République. Plus de 40 % des électrices sarkoziennes croient que « les résultats de la présidentielle permettront d’améliorer les choses en France » (+ 4 points par rapport aux hommes), contre un peu plus du quart des électeurs de Ségolène Royal, qu’ils soient hommes ou femmes. Last but not least, ce sont près des trois quarts des électrices de Nicolas Sarkozy qui se disent confiantes dans la droite pour gouverner (+ 7 points par rapport aux hommes). Dans le camp d’en face, les électeurs et les électrices de Ségolène Royal ne sont que deux tiers à faire confiance à leur propre camp, la gauche, pour gouverner. Le vote d’adhésion que Nicolas Sarkozy a su déclencher, en incarnant, pour l’instant, une sorte d’idéal de l’action politique, a trouvé un écho encore plus grand, on le voit, auprès des électrices.
Citation (de Mariette Sineau) : Les données de l’enquête pré-électorale PEF 2007 mettent au jour un effet genre et un effet génération qui se renforcent et se cumulent l’un l’autre dans les urnes. Plus on vieillit, plus on vote à droite ; plus on appartient à des générations âgées (qui n’ont pas été socialisées aux valeurs soixante-huitardes et post-matérialistes), plus fortes sont les probabilités que l’on adhère à des valeurs traditionnelles, aux antipodes de la modernité, du féminisme et de l’ouverture aux autres. Ce constat a pesé à l’évidence de façon décisive sur l’issue finale du scrutin. On a voulu faire de Nicolas Sarkozy le symbole de l’arrivée aux affaires d’une nouvelle génération tournée vers la France du 21e siècle. Le fait est indéniable, mais on peut remarquer parallèlement que, dans un électorat vieillissant – au sein duquel le poids numérique des seniors est double de celui des juniors –, le prétendant de l’UMP n’est pas le candidat des jeunes, qui sont l’avenir de la société et de l’économie, mais bien plutôt le leader préféré des vieux et surtout, comme nous avons tenté de le montrer, des vieilles femmes [19]. Bien qu’il ait fait campagne en réhabilitant la valeur travail, Nicolas Sarkozy doit son succès aux électeurs et surtout aux électrices qui sont, depuis longtemps, retiré(e)s du marché du travail. Or, les rentiers et rentières, auxquelles s’ajoutent les femmes au foyer, ne représentent pas la fraction du corps électoral la plus emblématique du désir de renouveau et de changement social. Certains font le pari que, dans quelques années, quand les baby boomers seront parvenus massivement à l’âge de la retraite, alors la gauche pourra être portée au pouvoir par la conjonction entre le vote des jeunes et celui des personnes âgées (des deux sexes), qui, alors, continueront à soutenir les idées de gauche des générations ayant vécu Mai 68 et le féminisme. Le vieillissement ne sera plus, pour les analystes, synonyme de conservatisme [20]. L’appartenance aux générations âgées – qui, à l’avenir, seront beaucoup plus titrées scolairement – n’ira pas forcément de pair avec l’adhésion à un système de valeurs traditionnel.
[1] Mariette Sineau, Effets de genre, effets de génération ? Le vote hommes/femmes à l’élection présidentielle 2007, Revue française de science politique, Vol 57, n° 3-4, juin-août 2007, p. 353-369.
30 décembre 2008
Balkanyland : deux lycéens en butte à la répression
SOURCE: PLUME DE PRESSE
Balkanyland : deux lycéens en butte à la répression
Encore un mensonge assermenté
mardi 30 décembre 2008, par Olivier Bonnet
"La mission de la Police Municipale est claire : assurer la protection des Levalloisiens et de leurs biens, indique le site de la mairie de la ville. Les
81 policiers municipaux et 55 agents de surveillance de la voie
publique travaillent au quotidien en collaboration avec la Police
Nationale." A l’occasion, ils jouent aussi le rôle de milice aux ordres du premier magistrat de la ville, le repris de justice Patrick Balkany. Si vous ne connaissez pas l’individu, nous vous invitons à lire Sarkozy, qui sont tes amis ? L’improbable Patrick Balkany. "On
est en France et on se pince. Depuis que Sarkozy a été élu, il se croit
plus que jamais au-dessus des lois, mais on nage en plein despotisme", dit de lui sur Rue89 la mère d’un lycéen poursuivi avec un camarade pour "résistance"
à la police. De quoi s’agit-il ? L’affaire remonte au 17 novembre
dernier. Le Conseil municipal examine ce jour-là le budget de la ville
et une trentaine de militants du Mouvement solidaire pour le logement (MSL)
ont décidé d’assister aux débats. Parmi eux, Baptiste et Vincent, deux
jeunes de 17 ans, fils de parents militant dans l’opposition à
Levallois-Perret et par ailleurs engagés dans le mouvement de
contestation lycéenne. La présence du MSL déplaît à Balkany,
qui a convoqué une cinquantaine de policiers (municipaux et nationaux),
contre deux ou trois lors d’un Conseil municipal ordinaire. Le
collectif entend "attirer l’attention de la mairie sur les problèmes de logement et obtenir un Rendez-vous avec le cabinet du maire, explique un communiqué publié par 11 organisations (CNL, FSU, JCR, LCR, MSL, NPA, PCF, PS, Solidaires, SUD-PTT, UL CGT). Depuis
plus d’un an, la mairie refuse de recevoir le collectif, alors que
plusieurs familles sont dans des situations très urgentes et risquent
même l’expulsion." Dans le même temps, Balkany est accusé de
placer ses amis en priorité dans le parc de logements sociaux, comme
par exemple l’ex-tennisman Henri Leconte, élu sur la liste de la
majorité et logé en HLM, dans un duplex de 88 mètres carrés comme l’a révélé Le Parisien.
La suite est racontée par Rue89, citant le témoignage d’une militante PS présente dans le public : "Dans les gradins, elle dit avoir entendu les policiers en faction parler d’aller "chercher les renforts" lorsque Patrick Balkany "a commencé à protester contre l’opposition".
Les séances sont en effet toujours très agitées à Levallois, où
l’opposition municipale accuse depuis longtemps la mairie de "confisquer le débat démocratique, par exemple en coupant les micros lorsque l’opposition s’exprime".
Toutes les personnes présentes - dans le public, sur les gradins du
haut, comme en bas, dans la salle - rapportent que le couple Balkany a
protesté vivement contre "quelques
gloussements et des applaudissements lorsqu’un représentant de
l’opposition a bravé les sifflets des groupies de Balkany". Pour Annie Mandois (élue PCF, Nda), "Balkany cherchait un prétexte contre le MSL, sinon pourquoi avoir mobilisé une cinquantaine de policiers ?"
C’est aussi l’avis d’Anne-Eugénie Faure, conseillère municipale
socialiste depuis le mois de mars. Et avocate des deux mineurs depuis
lundi. Suite à ce chahut et tandis que les renforts arrivent, Patrick
Balkany demande une suspension de séance. Elle dure environ quinze
minutes, durant lesquelles le gros des élus passent dans la salle
contiguë, où les attendent des petits fours." Pendant que ces messieurs-dames se restaurent, la police évacue les militants du MSL : "Les jeunes ont refusé de quitter les lieux en faisant la pierre et les policiers s’en sont saisis brutalement, raconte Maître Faure, les
ont levés de force. On a alors vu une grappe d’une cinquantaine de
policiers qui embarquaient les jeunes, mais pas entendu
particulièrement de cris." Dix-sept d’entre eux sont conduits au
commissariat puis relâchés, sauf Baptiste et Vincent, maintenus pendant
deux nuits en garde-à-vue ! "Ils n’ont pas dormi pendant 48 heures et ont vécu une expérience traumatisante, s’indigne leur avocate. On a fait subir quelque chose de très grave à deux enfants (...) qui ont voulu résister à leur exclusion du conseil municipal au prétexte qu’ils n’étaient pas d’accord avec le maire." Les deux lycéens affirment en effet avoir résisté sans violence, mais ce n’est pas la version de la police : "deux
fonctionnaires de police se sont plaints de « blessures » pendant la
nuit. Les deux mineurs sont déférés devant le Juge des Enfants du
Tribunal de Grande Instance de Nanterre qui les met en examen, l’un
pour « résistance », l’autre pour « résistance et violence sur personne
dépositaire de l’autorité publique », résume leur comité de soutien, qui a mis en ligne une pétition réclamant l’arrêt des poursuites contre eux, signée par de nombreuses personnalités de premier plan (Gérard Aschieri, Olivier Besancenot, Marie-George Buffet, Monseigneur Gaillot, Noël Mamère, Pierre Moscovici...). "On doit pouvoir exprimer ses opinions à Levallois-Perret comme partout en France, même quand on a dix-sept ans", protestent-elles. Mais Balkanyland est-il régi par les lois de la démocratie ?
23 décembre 2008
Trois philosophes interpellés à Roissy après l'expulsion d'un sans-papiers
SOURCE: LE MONDE.FR
Trois philosophes interpellés à Roissy après l'expulsion d'un sans-papiers

l n'est pas bon de trop questionner, même lorsque l'on est philosophe. Trois professeurs agrégés l'ont appris à leurs dépens. Lundi 22 décembre, de retour de Kinshasa (République démocratique du Congo), Sophie Foch-Rémusat et Yves Cusset ont été appréhendés par la police à leur sortie d'avion et placés en garde à vue pour avoir, lors de leur vol aller, posé des questions à des policiers qui reconduisaient un sans-papiers. Le 16 décembre, leur collègue Pierre Lauret, directeur de programme au collège international de philosophie, avait été débarqué de ce vol aller manu militari.
"TRÈS VIOLEMMENT MENOTTÉ"
Au bout d'un quart d'heure, l'agitation retombe. Mais avant de décoller, le commandant de bord vient signifier à Pierre Lauret qu'il va être débarqué. "Nous n'avons lancé aucun appel, aucune protestation. La veille, cependant, un même avion n'avait pas pu décoller à cause d'un incident similaire et certains n'ayant alors pu partir étaient fatigués de vivre un nouveau 'binz'", explique le philosophe, qui dit avoir été "arraché" de son siège par les policiers et "très violemment menotté". Les passagers s'étant remis à protester, un autre homme est, avec lui, également sorti de l'avion.
Une fois dehors, M. Lauret est placé en garde à vue. Il est libéré le soir même, mais avec une convocation le 4 mars 2009 au tribunal de grande instance de Bobigny. Il est poursuivi pour "opposition à une mesure de reconduite à la frontière et entrave à la circulation d'un aéronef". Cueillis lundi à leur retour de Kinshasa, ses deux collègues, après dix heures de garde à vue, se sont vu expliquer qu'ils seraient à nouveau convoqués pour une confrontation avec le personnel de bord.
Ironie du sort, le congrès auquel les trois philosophes se rendaient portait sur "la culture du dialogue, les frontières et l'accueil des étrangers". "Cela nous plaçait dans une situation morale délicate", reconnaît M. Lauret.
Laetitia Van Eeckhout
17 décembre 2008
Quand la police censure deux photographes de l'AFP
SOURCE: LIBELYON.FR
Quand la police censure deux photographes de l'AFP
PRESSE - L'intersyndicale
et la société des journalistes (SDJ) de l'Agence France presse ont
publié mercredi des communiqués pour protester après que deux de ses
journalistes ont été empêchés de travailler, mardi, par des CRS et des
policiers. Les deux photographes suivaient une manifestation lycéenne
de faible ampleur dnas le centre de Lyon. "Dès le début, raconte Jean-Philippe Ksiazek, des
gradés nous ont dit qu'on ne pouvait pas faire de photos cette fois,
que c'était interdit. J'ai montré une carte de presse et une policière
a pris toute mon identité, très longuement, puis elle m'a dit de me
tenir à l'écart car c'était interdit de photographier, pour des
questions de droit à l'image des policiers"...
La cinquantaine de lycéens se trouvant place Bellecour a ensuite été chargée par les CRS. "J'ai alors fait mon métier", poursuit le photographe. Mais un policier lui aurait fait une clef de bras pour le conduire à une voiture. Le deuxième photographe, Frédéric Dufour, également salarié de l'AFP, s'est retrouvé dans le même temps bloqué contre un mur, une matraque sous le cou. "Ils m'ont demandé mon appareil, continue Jean-Philippe Ksiazek. J'ai bien-sur refusé. Ils me l'ont arraché et ont effacé les photos et la disquette".
Pour l'intersyndicale (CFDT, CGC, FO, SAJ-Unsa, SNJ, CGT et Sud) de l'AFP, il s'agit d'un "acte de censure intolérable dans une démocratie" et d'une "atteinte grave à notre mission et au droit à l'information pour tous les citoyens". (...) Le comportement des policiers, juge-t-elle, "n'est que le reflet d'une volonté, au plus haut niveau, d'étouffer les mouvements sociaux et leur retransmission dans les médias". L'intersyndicale appelle la direction de l'AFP à "déposer une plainte contre ces agissements qui portent atteinte à la liberté de travailler".
Dans un communiqué séparé, la SDJ "s'inquiète de ces énièmes entraves à la liberté de la presse, à un moment où s'accumulent les pressions de responsables politiques de tous bords envers les journalistes".
Olivier BERTRAND
Photo (DR) : Deux policiers neutralisent Jean-Philippe Ksiazek
29 novembre 2008
«Casse-toi pauvre con» contre «Casse-toi pauvre con»
SOURCE: LIBELYON.FR
«Casse-toi pauvre con» contre «Casse-toi pauvre con»
TRIBUNE - Libération publie ce matin une tribune d'Etienne Tête, conseiller régional Vert en Rhône-Alpes, et (dernier) adjoint au maire de Lyon. L'élu y analyse la différence de traitement judiciaire entre une insulte prononcée par le Président de la République, et la même injure, proférée à son encontre...
"«Casse-toi pauvre con» et «Casse-toi pauvre con». Aucune différence ? Erreur ! Le premier a été prononcé par le président de la République, au Salon de l’agriculture en février, à l’adresse d’un visiteur qui déclinait de lui serrer la main. Aucune poursuite, aucune condamnation. Le deuxième orne une pancarte, exhibée par un citoyen au cours d’une visite présidentielle, en mémoire du premier propos de Nicolas Sarkozy.
Sur poursuite du procureur de la République, le sujet ordinaire est
condamné à 30 euros avec sursis. La punition est symbolique. Il s’agit
d’une illustration ô combien coutumière du propos de Jean de La
Fontaine, «que vous soyez puissant ou misérable…». Sur le plan de la
théorie pénale, l’attitude du juge de première instance paraît
conciliante. La Cour de cassation qui se penche sur la nature des
propos qui sont ou ne sont pas injurieux, a déjà validé une répression
pour la même expression. Cependant, d’aucuns estimeront que l’excuse de
provocation aurait dû bénéficier au prévenu. Malgré cela, l’anecdote
mérite mieux que raillerie et galéjade.
Ce «petit mot» met en lumière la portée de la réforme
constitutionnelle voulue par Jacques Chirac à son profit, au bénéfice
de ses successeurs, et sa contradiction avec la convention européenne
des droits de l’homme.
L’article 67 de la Constitution indique que «Le président … ne
peut, durant son mandat et devant aucune juridiction ou autorité
administrative française, être requis de témoigner non plus que faire
l’objet d’une action, d’un acte d’information, d’instruction ou de
poursuite.» Très concrètement, aucun individu ne peut saisir la
justice, tant civile que pénale, à l’encontre du citoyen Sarkozy dans
ses actes qui ne relèvent pas de sa fonction. C’est loin d’être une
hypothèse d’école. Le Président a voulu divorcer, c’est lui qui a saisi
le juge. Si Cécilia Sarkozy avait voulu demander un divorce pour faute,
impossible. Sur le plan théorique, elle devait accepter le devoir
conjugal jusqu’à la fin du mandat, «heureusement réduit à cinq ans».
De son côté, la Cour européenne a encore une fois condamné, le 16
novembre 2006, un Etat (la Grèce) pour son refus de lever l’immunité
parlementaire. La gardienne des droits de l’homme juge de manière
constante que l’immunité entrave l’exercice du droit d’accès à la
justice lorsque les actes incriminés ne sont pas liés à l’exercice de
la fonction stricto sensu. La France, en protégeant le président de la
République de toute action en justice, même pour des faits antérieurs à
sa fonction ou sans lien direct avec sa mission, ne respecte plus les
droits de l’homme.
Avec la conception singulière de Nicolas Sarkozy de son rôle de
président de la République, la situation s’est aggravée. Georges
Pompidou et Valéry Giscard d’Estaing utilisaient la justice avec
parcimonie. François Mitterrand et Jacques Chirac ne semblent pas avoir
pratiqué les prétoires, notamment à l’encontre des journalistes. En un
peu plus d’un an, l’actuel locataire de l’Elysée en serait à sa sixième
procédure. L’iniquité est grande. «Le prince» a le droit d’être
procédurier, mais personne n’a le droit de l’être à son encontre. Pour
ultime paradoxe, la partie gagnante ne pourra faire exécuter les
dommages-intérêts à l’encontre du Président.
Les conditions du fonctionnement de la justice se sont encore
détériorées. La Cour européenne des droits de l’homme vient de
condamner la France, le 10 juillet, en raison du rôle du procureur de
la République. Celui-ci n’est pas une «autorité judiciaire» au sens de
la Cour car il lui manque, en particulier, l’indépendance à l’égard du
pouvoir exécutif pour pouvoir être ainsi qualifié.
Si l’on ne veut pas que la France, qui s’est construite dans
l’image de la déclaration des droits de l’homme de 1789, sorte de
l’ensemble des nations démocratiques, il devient impérieux de repenser
non seulement notre Constitution, mais encore le rôle du parquet dans
le procès pénal. L’égalité des citoyens sera mieux assurée lorsque
chacun connaîtra la vérité tant sur les «affaires Chirac», qui ont
occupé les médias sous le précédent quinquennat, que sur les
transactions immobilières, révélées par un hebdomadaire satirique et
passées entre l’ancien maire de Neuilly, la SEM 92 et un promoteur dans
une période comprise entre juin 1997 et juin 2004.
Monarque et manants devraient écouter Georges Brassens : «C’est
injuste, madame, et c’est désobligeant que ce morceau de roi de votre
anatomie porte le même nom qu’une foule de gens.» Ils éviteraient le
ridicule de la France… et les tribunaux. "
Etienne TETE
28 novembre 2008
La prison à 12 ans pour les jeunes délinquants
SOURCE: LEMONDE.FR avec AFP et Reuters | 28.11.08 | 08h02 • Mis à jour le 28.11.08 | 08h12
La prison à 12 ans pour les jeunes délinquants
es
jeunes délinquants pourraient aller en prison dès l'âge de 12 ans en
France, selon le rapport d'une commission parlementaire chargée de
réfléchir à la justice des mineurs rapporte le quotidien La Croix, vendredi 28 novembre. La ministre de la justice, Rachida Dati, avait demandé le 15 avril à cette commission de 32 membres
(magistrats, policiers, avocats, parlementaires, éducateurs) de réfléchir à une réforme de l'ordonnance du 2 février 1945 "relative à l'enfance délinquante". La dernière réforme, dans le cadre de la loi d'août 2007 sur la
récidive, permettait de juger comme des adultes certains mineurs de 16
à 18 ans.
La commission devrait proposer aussi la création d'un code pénal spécifique pour les mineurs, comme l'a souhaité le 21 novembre, à Avignon, Rachida Dati, qui prévoit un examen au Parlement en juin 2009 du projet de réforme. Selon une source proche du dossier confirmant des informations du Nouvel Observateur paru jeudi, la commission préconise également la création d'un tribunal des mineurs à juge unique à la place du tribunal pour enfants collégial actuel. Une peine d'emprisonnement de fin de semaine est en outre proposée afin de permettre la poursuite de la scolarisation des mineurs délinquants, dont le parcours jusqu'à la majorité serait consigné dans un dossier unique de personnalité.
Le principal syndicat d'éducateurs judiciaires, le SNPES-PJJ, a annoncé jeudi qu'il déposerait un préavis de grève la semaine prochaine, sans doute le 3 décembre, lorsque seront rendues les conclusions de la commission chargée de réformer l'ordonnance de 1945.
